

En 2025, nous avons été frappés par le nombre de professionnels de santé et de patients déclarant utiliser l’IA générative, malgré des préoccupations persistantes concernant la qualité et la fiabilité des informations fournies
Nous avons également vu apparaître de plus en plus souvent le terme « agentic AI », utilisé pour décrire des systèmes d’IA plus proactifs, conçus pour planifier, décider et agir dans la durée. L’IA agentique désigne des systèmes d’IA conçus comme des agents autonomes, destinés à poursuivre un objectif dans le temps. Ils définissent des sous-tâches, interagissent avec des sources de données et des outils, et ajustent leurs actions en fonction des retours obtenus. Cette approche s’appuie sur plusieurs développements antérieurs, notamment la robotique et, plus récemment, les grands modèles de langage.
En février 2025, un article du Wall Street Journal rapportait comment Lumeris, une organisation américaine de value-based care, avait déployé un agent d’IA pour gérer le suivi des patients après leur sortie d’hospitalisation.
https://www.wsj.com/articles/companies-bring-ai-agents-to-healthcare-cf9f49c1
Près d’un an s’est écoulé depuis la publication de cet article, et il existe peu d’éléments supplémentaires documentant publiquement des déploiements comparables dans le domaine de la santé.
Je me suis donc tournée vers PubMed afin de rechercher des publications évaluées par les pairs portant sur une IA agentique opérationnelle. Les résultats de recherche sur PubMed suggèrent qu’un tournant significatif a eu lieu en 2025, lorsque le terme « agentic AI » a commencé à apparaître comme tel dans les titres d’articles de revues médicales à comité de lecture. Malgré le très faible nombre de publications, cela indique que cliniciens et chercheurs commencent à s’engager plus directement avec le concept d’IA agentique.
Voici trois références PubMed de 2025 comportant le terme « agentic AI ».
Radiologie
Agentic AI in radiology: emerging potential and unresolved challenges
La première référence est un commentaire publié en 2025 dans le British Journal of Radiology. Son auteur, Nicolas Dietrich, décrit le potentiel de l’IA agentique de la manière suivante : « Plutôt que d’attendre des sollicitations spécifiques, les systèmes agentiques pourraient évaluer de manière indépendante les files d’attente d’imagerie, prioriser les examens en fonction de l’urgence clinique, suggérer des séquences ou protocoles supplémentaires, adapter l’aide à la décision au contexte clinique, et ajuster dynamiquement leurs résultats en fonction de l’historique du patient, des examens antérieurs et des nouvelles observations. » Le commentaire met également en évidence des défis non résolus en matière de sécurité, de responsabilité et de confiance, soulignant que l’IA agentique demeure un concept émergent.
Lien PubMed : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/40705666/
Orthopédie
Artificial intelligence agents in orthopedics: Concepts, capabilities and the road ahead
Le groupe de travail sur l’intelligence artificielle de l’European Society of Sports Traumatology, Knee Surgery and Arthroscopy (ESSKA) a publié une revue intitulée Artificial intelligence agents in orthopedics: Concepts, capabilities and the road ahead dans Knee Surgery, Sports Traumatology, Arthroscopy. Les auteurs y décrivent des applications potentielles de l’IA agentique en matière de coordination des flux de travail, d’aide à la décision et de gestion longitudinale des tâches, tout en soulignant que ces systèmes restent largement conceptuels et en phase de développement. La validation clinique, la gouvernance et la supervision humaine y sont présentées comme des prérequis.
Lien PubMed : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/41103258/
Recherche biomédicale et translationnelle
Talk2Biomodels: AI agent-based open-source LLM initiative for kinetic biological models
Dans BMC Bioinformatics, Wehling et ses collègues présentent Talk2Biomodels, une plateforme open source d’IA agentique basée sur des modèles de langage, capable d’interagir de manière autonome avec des modèles biologiques cinétiques afin de soutenir la recherche et l’accès aux données FAIR (Findability, Accessibility, Interoperability, Reusability).
Lien PubMed :
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/41254502/
Par ailleurs, une publication de 2026 dans Neural Networks introduit le cadre MUSE (Metacognition for Unknown Situations and Environments). L’article met en évidence l’importance de l’auto-évaluation et de l’auto-régulation pour des agents autonomes opérant dans des environnements inconnus ou évolutifs. Ce cadre ne présente pas d’application médicale directe.
Metacognition for Unknown Situations and Environments (MUSE)
Lien PubMed : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/41046617/
Compte tenu de la rareté des publications, j’ai également consulté ClinicalTrials.gov afin d’identifier des études en cours. Un essai enregistré en 2025 (NCT07096232) est intitulé AI-Orchestrated Workflow Versus Consultant Ophthalmologist for Refractive Surgery and Keratoconus Diagnosis (AEYE Trial).
Cette étude évalue les performances d’AEYE (Automated Evaluation for Your Eye), un système d’IA multi-agents conçu pour assister les ophtalmologistes dans le diagnostic du kératocône et la détermination de l’éligibilité à la chirurgie réfractive. AEYE simule le flux de travail clinique d’un spécialiste du segment antérieur en orchestrant trois agents spécialisés : un agent d’historique et de facteurs de risque, un agent d’imagerie et un agent de décision chirurgicale.
« S’il est concluant, AEYE pourrait offrir une approche évolutive permettant de réduire la variabilité diagnostique et d’améliorer la sécurité et la cohérence du dépistage en chirurgie réfractive. »
Début 2026, Lumeris demeure l’un des rares exemples nommés, rapportés de manière indépendante, d’IA agentique déployée dans la pratique des soins de santé. À notre connaissance, aucun équivalent n’a encore été documenté dans la littérature évaluée par les pairs ou largement rapporté par la presse généraliste ou professionnelle. Si l’IA agentique est souvent présentée comme l’étape suivante après les modèles génératifs, les usages documentés en santé restent limités : un petit nombre de publications en 2025 marque l’émergence du terme dans la littérature médicale, mais les déploiements concrets demeurent l’exception plutôt que la règle.
