Découvrez Sana Bouyahia, passionnée de l’innovation en santé, de l’entrepreneuriat, et … du volley de haut niveau !

Connaissez-vous Sana Bouyahia, passionnée de l’entrepreneuriat et de l’innovation santé, et qui bénéficie d’un double parcours particulièrement original ? En parallèle d’une carrière de 10 ans de volleyeuse de haut niveau, Sana a poursuivi un double cursus scientifique et commercial, décrochant un master en chimie suivi d’un master technico-commercial. Avec une expérience  au sein de Digital Pharma Lab, le premier accélérateur PharmaTech en Europe, ainsi qu’au sein de Tech Care Paris, l’incubateur francilien dédié à l’innovation en santé et soutenu par la Ville de Paris, Sana s’engage définitivement à encourager les acteurs de la santé à cultiver  l’innovation. Elle développe des partenariats stratégiques entre acteurs, accélère de projets innovants et renforce l’écosystème en santé. 

L’ayant rencontré à Paris&Co,  Denise Silber a eu grand plaisir à refaire le point avec Sana Bouyahia, personnalité inspirante de la santé et de l’innovation.

Denise Silber : Pourquoi avoir rejoint Nice ?

Sana Bouyahia : Après une expérience très riche dans l’écosystème parisien, j’ai décidé de m’installer à Nice où je réside depuis plusieurs mois. Je représente les intérêts économiques de la filière santé au sein de l’agence d’attractivité Invest in Côte d’Azur participant ainsi à la valorisation de l’écosystème local. En parallèle, je propose aux acteurs privés et publics dans la santé des études et analyses de tendances visant à aider les entreprises de la santé à tirer parti de l’innovation portée par les startups. A ce titre, j’ai récemment rejoint Agora Health, la start up studio dédiée au développement de thérapies digitales cliniquement validées afin d’aider les industriels de la pharma à identifier la viabilité commerciale de ces outils et à évaluer les opportunités de marché.

D’autre part, le cadre de vie dont je bénéficie ici me permet également de pouvoir reprendre le volley en compétition à Monaco en 3e division (Nationale 2) !

DS: Comment vois-tu  l’organisation de l’accompagnement des startups en France, après tes expériences très riches dans ce domaine ?

SN: En France, le soutien aux startups est solide, combinant un soutien financier avec des structures d’accompagnement telles que les incubateurs et les accélérateurs. Les incubateurs fournissent un environnement propice à la croissance avec un accompagnement long (2-3 ans) et une offre foncière. Les accélérateurs se concentrent sur un accompagnement intensif (6-12 mois) ayant pour objectif soit que la start-up puisse proposer un premier prototype soit de favoriser la croissance de l’entreprise. Avec plus de 250 incubateurs et plus de 100 accélérateurs en France, le taux de survie des startups bénéficiant de ces programmes est d’environ 70% après trois ans, comparé à environ 40% pour les autres. La French Tech, une initiative gouvernementale, joue un rôle clé en fédérant l’écosystème des startups en France, favorisant ainsi la création et la croissance des entreprises innovantes.

Quelques chiffres permettent de souligner l’effort de la France à favoriser le développement de start up.

La France compte : 1 million de startups qui emploient 1,5 million de salariés ; 29 licornes comme Qonto, Doctolib et Black Market en 2023. 73% de l’ensemble des start-ups françaises sont dépendantes à au moins une des entreprises GAFAM, au niveau de l’hébergement et traitement de la donnée. Par exemple, Microsoft a mis un programme en place special biotech afin de pouvoir bénéficier de crédit chez Azur. Les start ups de la French Tech ont réalisé 8,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2021.

D’autres chiffres démontrent des lacunes :

  • 11,7%  seulement de fondatrices dans le French Tech 120 et aucune femme dirigieante dans le Next 40
  • Seulement 50% des start ups se trouvent en dehors d’Ile de France
  • Taux de faillite des start-up toutes catégories : 40%.

(Pour plus d’informations sur ces stats, écrire à info @ BasilStrategies.com)

DS: Quelle est « l’offre » d’aide  pour les start-up ?

SN: La BPI, ou Banque Publique d’Investissement, joue un rôle essentiel dans le financement et le soutien aux startups en France. Elle propose une gamme de solutions, y compris des prêts, des garanties de prêt et des investissements en capital. De plus, la BPI offre un accompagnement stratégique et gère diverses aides, telles que le Prêt d’Honneur, la bourse frenchtech tout en encourageant la participation des startups à des concours tels que le concours i-LAB et le concours d’innovation i-Nov. En outre, la BPI peut agir en tant que garant pour construire des effets de levier intéressants dans le cadre de prêts contractés auprès d’autres institutions financières, ce qui facilite l’accès au financement pour les jeunes entreprises innovantes.
Il existe aussi les organismes tel qu’Initiative France et Réseau entreprendre qui proposent des prêts d’honneurs en moyenne autour de 20 000€.

DS: Que dire de plus concernant les spécificités du secteur complexe qu’est la santé ?

SB: La start-up a intérêt à connaître plusieurs catégories d’acteurs et leurs enjeux différents malgré une même finalité qui est celle d’accompagner le citoyen dans son parcours de santé.

Incubateurs et Accélérateurs Thématisés :

  • Quest for Health financé par la région Est, le plus grand incubateur santé en France
  • PariSanté Campus projet d’envergure national financé par l’Etat,
  • Eurasanté financé par la région Haut de France,
  • Tech Care Paris devenu Paris&Co Santé financé par plusieurs acteurs franciliens qui offrent un soutien financier, une offre foncière , un programme d’accompagnement et une mise en relation avec les différentes parties prenantes en santé

Hôpitaux

Certains hôpitaux, comme le CHU de Brest avec W.inn, l’APHP avec l’équipe @Hotel Dieu collaborent activement avec les startups pour améliorer les soins de santé grâce à de nouvelles solutions et les aident à comprendre les besoins réels du secteur.

Agences Régionales de Santé (ARS) :

Les ARS coordonnent les soins de santé au niveau régional et jouent un rôle crucial dans la coordination des initiatives liées à l’innovation en santé. A travers certains appels à projets notamment sur la mise en place d’innovation organisationnelle s’appuyant sur une solution numérique , certaines start ups peuvent alors se rattacher à un centre de soin et expérimenter leur solution. Au sein de Tech Care Paris , l’ARS IDF était un partenaire avec qui je collaborais étroitement et l’équipe innovation était toujours partante pour sensibiliser les start ups aux enjeux des parcours de soin ;

Pôles de Compétitivité :

Des clusters industriels tels que Medicen, Alsace Biovalley et Eurobiomed favorisent la collaboration entre les acteurs de la santé et les startups en proposant un accompagnement, des ressources et des opportunités de financement.

Centres de Recherche :

Les organismes de recherche comme l’INRIA et le CNRS proposent des programmes de soutien pour aider les chercheurs à poursuivre leur projet de recherche et faciliter la transition vers la création d’entreprise. Certains programmes sont conçus sous forme de start-up studios avec un soutien financer et un accompagnement en échange d’une prise de participation
Appels à Projets de la BPI : La BPI offre des appels à projets spécifiques, comme celui dédié à l’innovation en imagerie médicale, pour financer et soutenir les startups du secteur de la santé.

DS: Quels sont les critères de sélection pour les start-ups qui veulent se faire aider au début de leur parcours ?

SB: Les critères de sélection peuvent varier en fonction des programmes d’accompagnement et des organismes. Cependant, voici quelques critères généraux fréquemment pris en compte :

– Innovation : La startup doit proposer un produit ou un service innovant qui répond aux besoins du secteur de la santé. Il est essentiel que cette innovation apporte une réelle valeur ajoutée et réponde à un problème concret.
– Accès au Marché et Stratégie Commerciale : Il faut démontrer le potentiel de pénétration du marché et la viabilité du modèle économique. La startup doit avoir une stratégie solide pour atteindre ses clients et générer des revenus.
– Équipe : La qualité et la complémentarité de l’équipe sont essentielles. Certains programmes exigent la présence d’un conseil d’administration expérimenté et d’une expertise médicale au sein de la gouvernance.
– Concurrence et Barrières à l’Entrée : Il est important d’analyser la concurrence existante et de démontrer la capacité de la startup à surmonter les barrières à l’entrée sur le marché en fonction de la technologie développée, des brevets développées et du potentiel de développement
– Ressources Financières : Un business plan solide est nécessaire pour montrer comment la startup envisage de générer des revenus et de gérer ses ressources financières de manière efficace.

DS: Faut-il déjà avoir son co-fondateur ? Dans quelles conditions peut-on se lancer « seul » ?

SB: Il n’est pas obligatoire d’avoir un co fondateur pour lancer sa start up. L’essentiel est de considérer les compétences de l’entrepreneur, son réseau et le produit développé. La santé est un domaine multidisciplinaire qui nécessite une expertise variée, allant de la technologie, la validation clinique à la réglementation en passant par les parcours de remboursement. Un co-fondateur avec des compétences complémentaires peut faciliter le développement de l’entreprise. On peut se lancer seul, mais je miserai alors sur un board solide, capable de bien aiguiller l’entrepreneur et de donner accès à des contacts décisionnaires dans la santé.

DS: Une fois entrée dans un incubateur, quels sont les critères de succès pour les startups admises ?
SB: Je citerais les critères suivants :
-Développement du Produit/Service : Le succès se mesure par le développement et la validation de la solution.
-Validation Clinique : Pour les startups en santé, mettre en place les essais cliniques ou obtenir des approbations réglementaires est essentiel.
-Pénétration du Marché : un début d’entrée peut se définir les premières ventes ou les premiers partenariats développés
-Financement : Sécuriser et optimiser les investissements dilutifs et non dilutifs est un signe de succès.
-Impact en Santé : L’amélioration des soins de santé ou de la qualité de vie des patients est un objectif important.
– Durabilité Financière : Maitriser sa trésorerie et ses flux financiers. On le répétera jamais assez mais une mauvais comptabilité est un énorme risque
– Élargissement de l’Équipe : les recrutements peuvent montrer une stabilité et une certaine croissance.
Ces critères peuvent varier en fonction de l’incubateur et du niveau de maturité de la start up à l’entrée de l’incubateur.

DS: Tu as côtoyé de près une cinquantaine de startup dans tes dernières fonctions. Quelles étaient les caractéristiques des pépités ?SB: Bien qu’il existe une multitude de start ups dans la santé avec des produits différents, je peux vous proposer quelques caractéristiques clés d’une « pépite » en santé :
Innovation Pertinente et création d’usage : Solutions qui résolvent de vrais problèmes en santé avec un niveau de changement chez l’utilisateur assez faible pour garantir l’accessibilité à l’innovation
Validation clinique et Réglementaire : Compréhension solide des réglementations et des exigences cliniques.
Accès aux Financements : Capacité à obtenir des fonds en dilutifs et non dilutifs pour financer la croissance
Équipe Solide : Équipe qualifiée et complémentaire avec expertise diversifiée avec une gouvernance de haut niveau et bien connecté dans l’écosystème pouvant accompagner l’équipe. La présence d’un comité scientifique est plus que nécessaire dans des projets s’intégrant dans le parcours de soin.
Impact sociétal : le projet permet de pouvoir faciliter l’accès au soin

DS: Et pour celles qui n’ont pas survécu, y avait-il des points communs aussi ?
SB: Les dénominateurs communs :
– Manque de Compréhension du Marché : certaines start ups se lancent sans réellement comprendre le secteur avec sa multitude d’acteur et ses enjeux économiques
– Enjeux Réglementaires : les exigences réglementaires qui peuvent être sous estimées voir non planifiées dans la construction du produit
– Insuffisance de Financement : Des financements insuffisants ou mal géré peut entraîner des difficultés financières et la fermeture de la startup.
– Validation de Marché Incomplète : le produit ne répond pas à un besoin marché
– Manque de vision : J’ai souvent posé la question à des entrepreneurs : « Que veux tu faire de cette entreprise ? Quelle est ta projection » et étonnement je n’avais pas toujours de réponse. Beaucoup d’entrepreneurs vont voir les investisseurs sans stratégie de sortie.
– Equipe : Une mésentente entre les associés est une cause majeure d’une start up qui échoue
– Enjeux d’interopérabilité : de nombreuses start ups rencontrent des difficultés à s’intégrer dans le parcours de soins ayant certaines contraintes en matière de gestion et de management de la donnée de santé

DS: Que retiens-tu comme conseils pour la start-up qui débute ? Et plus particulièrement dans l’univers de la santé ?
SB: Globalement ce qu’il faut retenir :
Comprendre les acteurs : identifier qui est le payeur et l’acheteur et proposer un modèle économique cohérent
Gérer la Sécurité des données de santé : s’aligner avec les normes en matière d’hébergement , de structuration et garantir le consentement
Écoutez les Professionnels de la Santé : solliciter très tôt les professionnels de santé dans le développement du produit afin de garantir une certaine adhésion
Répondre à un besoin marché : éviter les solutions sans utilisateurs car elles ne répondent pas à un besoin

DS: Et pour terminer, cette expérience d’accompagnement, est-ce qu’elle a impacté ton propre désir de devenir startuppeuse, dans un sens ou dans l’autre ?
SB: On me pose souvent la question. J’avais déjà un attrait pour l’entrepreneuriat ayant commencé par une expérience en tant qu’auto-entrepreneur pendant le Covid car j’avais perdu mon emploi. Mais baigner avec des entrepreneurs passionnés et rencontrer des profils atypiques et intéressants donnent envie. Par ailleurs j’ai également une première expérience dans la création d’entreprise avec Y Group , une agence en brand strategy avec une coéquipière de volley que j’ai dû fermer car elle s’est reconvertie en pâtisserie.
Ces différentes expériences m’ont permis de comprendre que je ne souhaitais pas être CEO d’une boîte mais de pouvoir développer plusieurs projets. J’ai réussi à identifier ce que j’aimerais vraiment pouvoir mettre en place ; c’est le modèle de venture studio qui me correspond le plus. Par ailleurs je ne pense pas me focaliser uniquement sur la santé, étant également attirée par des projets dans le sport (surement mon passé de sportif de haut niveau).

Merci Sana, pour une super interview qui sera certainement très lue dans le microcosme !

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